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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 16:47
OU COURS-TU COMME CA ?

 

 

 

Ce n’était pas une sonnerie mais un appel au meurtre ; je n’ai jamais compris que nos fabricants de réveil n’aient pu adoucir par une mélodie adaptée, le retour au monde réel, et conservent cette méthode barbare pour faire en sorte que tu te lèves.

 

 Oublié le repos réparateur, oubliés tes doux rêves, oubliée cette relaxation qui en théorie devait te permettre d’aborder la journée de travail à venir dans les meilleures conditions possibles.

 

Le rasage devenait aussi une corvée, non  par le temps passé, mais par la vision que j’avais de bon matin de mon visage. Les rides d’abord , partout , marque du temps qui passe, des excès de tabac, d’alcool, de pollution, bref, un champ torturé, creusé, fouillé comme une mauvaise terre que tu as trop longtemps usée non par l’engrais ou les pesticides « Monsanto » mais par du Jack, du gin, et des Dunhill.

 

Eau chaude sur le visage, un régal en hiver, une torture en été mais obligatoire, pour assouplir sa peau afin d'ouvrir les pores, de réduire l'apparition de poils incarnés disgracieux et douloureux et de faciliter le passage de ton rasoir « Gillette » Mach 3 sur ce champ de ruines, qu’est devenu ta  peau que tu ne reconnais plus de bon matin.

 

La mousse à raser, que tu passes délicatement sur cet ersatz de chair vieillie et qui a cet avantage de gommer toutes les imperfections remarquées auparavant,  qui te permet de te rassurer, un instant, sur le temps qui passe.

 

L’avantage d’être chez toi, est cette faculté qu’a ton miroir de s’être habitué à toi, et à ton cerveau de te renvoyer une image qui petit à petit te convient parfaitement.

 

Tu es en mode zombie, pour enfin passer au seul bon moment de cet exercice matinal, ta douche…. Très chaude en hiver, très tiède en été mais avec toujours  ce pouvoir de réchauffer l’ensemble de ton corps et de te préparer à une nouvelle et belle journée de labeur, comme on te l’a si bien appris il y a longtemps à l’ école de la République.

 

Et la galère commence. La voiture, et surtout celles des autres qui prennent le même chemin que toi, au même moment, mais que tu dois dépasser pour trouver un bon endroit pour te garer, le plus proche de TA gare ou enfin tu vas prendre ton train.

 

Ha le train !!!! Jamais à l’heure ou si peu mais toujours en retard à l’arrivée ; le train ou tu retrouves sans vraiment les connaitre tous les habitués, toutes les habituées, yeux vitreux, regards désespérés, mélanges diaboliques de  parfums,  plus ou moins réussis, de sueurs et d’odeurs humaines souvent très désagréables ; tu devines sur leurs visages la nuit calme ou au contraire très érotique, les dernières traces d’un orgasme plus ou moins assumé, la solitude aussi et l’ennui  à venir d’une journée qui ne fait que commencer.

 

L’arrivée en gare, où le flot de ce troupeau humain se sépare en petits groupes, tels ceux qui vont rejoindre un métro, un car et les autres les plus chanceux comme moi qui vers la sortie vont s’employer à rejoindre leur bureau à pied pour le bien de notre corps et du déficit de la sécurité sociale : « Manger BOUGER….. »

 

J’aimais bien cet instant magique où tu passes de la promiscuité à la solitude immédiate en cheminant rapidement vers cet extraordinaire lieu où tu vas pouvoir justifier de ton salaire, en rentrant dans le moule du parfait artisan de la société capitaliste.

 

L’endroit où je passais était bordé de jolis platanes pas encore malades, qui permettaient surtout l’été de se sentir presque encore à la campagne, et j’avoue que je profitais intensément de ce kilomètre réparateur après le train et surtout avant le bureau ou j’allais retrouver comme chaque jour les mêmes que moi, qui croyaient encore à leur indispensable utilité dans ce fameux processus de créations de richesses.

 

J’adorais cet endroit d’autant que sur ma gauche je longeais le mur d’une bâtisse d’époque, qu’on ne voyait pas  mais qu’on devinait cachée derrière une haie. Ce mur, longtemps tagué était maintenant décoré par de vrais pros, avec de magnifiques dessins représentant notre univers avec un mélange de couleurs qui avaient cette faculté de se modifier en fonction de la lumière du jour et du temps ; tel un skieur au sommet du Mont Blanc qui voudrait profiter dans sa totalité du peu d’oxygène disponible, je respirais ces moments de solitude devant ces pierres transformées en objets d’art par le dessin, lorsque j’ai entendu au-dessus de moi une petite voix……

 

« Mais tu cours où comme ça ?

 

ACTE 1

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