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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 14:47

Tout doucement le soleil se levait sur ce magnifique fleuve qui traverse sa cité, et malgré l’heure matinale,  la température voisine de 23 °, classique pour un mois d’Octobre, il se sentait bien.

Il se souvenait il y a très longtemps, étant jeune, de sa grand-mère l’emmenant tous les jeudis « faire » le marché.

Les temps avaient bien changé, comme partout à priori dans son pays les prix avaient augmenté et il était de plus en plus difficile pour lui à son âge, de se faire plaisir en s’offrant ce qu’il aimait le plus, la chair de pangolin.

Sa grand-mère disait que le meilleur morceau était le dos, bien découpé et braisé avec une sauce soja ou mieux avec une sauce préparé par la famille YUANG,  inventeur émérite de cette recette, mais qu’il était compliqué de trouver à un bon prix.

 La cherté de ce mets si délicieux l’obligeait à faire des choix que l’on pourrait qualifier si l’on était français, de Cornélien, car ses maigres ressources ne lui permettaient d’en manger qu’une fois par an.

Toute l’année il économisait yuan par yuan pour cet instant magique ou il allait pouvoir acheter et savourer  son dos de Pangolin.

Sa grand-mère savait qu’au-delà du plat délicieux que cela représentait, ce morceau de choix ou morceau de l’empereur, avait également des vertus médicinales insoupçonnées. Certes, la viande en elle-même  visqueuse, filandreuse aurait peu convenu à un « non-chinois » mais pour lui rien n’égalait ce goût et surtout cela lui rappelait sa jeunesse à jamais disparue.

Tout était magique à l’approche de ces 5 ha de vente, il sentait déjà le murmure de la foule achetant, négociant le meilleur prix, touchant ici un morceau de louveteau, soupesant la bas le dos d’un blaireau, s’amusant avec un rat vivant que l’on ferait saisir dans une poêle d’huile, demandant la découpe d’un serpent servi avec un accompagnement  de riz bien ferme ; il en salivait d’avance.

Il savait se diriger dans ce marché comme le lui avait appris sa grand-mère, et en pensant à elle et tout ce qu’elle lui avait transmis, quelques larmes coulèrent sur ses joues déjà burinées par le temps qui passe, et il se l’imaginait déambulant parmi les marchands qui la saluaient avec le respect que l’on doit aux personnes âgées. Lui était anonyme dans cette foule, la ville avait grossi trop vite et il regrettait un peu ce temps ou tout le monde se connaissait, se respectait et s’aidait.

Ha oui le pangolin était prisé, car vu la foule devant l’étal il se dit qu’il lui faudrait patienter, même si grâce à cette nouvelle application d’achat sur son I phone, que son fils lui avait offert, il avait pu réserver ce morceau de choix, mais comme tout le monde utilisait cette technique, cela l’obligeait à attendre son tour.

Le Pangolin était la spécialité de la famille YUANG, et il soupçonnait sa grand-mère d’avoir eu un attachement particulier pour le grand-père YUANG car elle n’attendait jamais son tour, aussitôt arrivée,  aussitôt servie ce qui provoquait souvent des remarques désobligeantes des autres consommateurs et il se souvenait de sa fierté de pouvoir passer devant tout le monde avec sa grand-mère qui n’était pas à ses yeux une si belle femme, mais il la voyait avec des yeux d’enfants et non d’adulte, et le désir bien masculin qui l’accompagne.

 

C’était enfin son tour. Quand on achète du Pangolin et surtout le dos, il faut vérifier la fraicheur, car même s’il faisait confiance à la famille YUANG, les temps ont bien changé et l’honnêteté du grand-père, n’implique pas forcément la même disposition du petit fils.

 Il lui fallait donc s’en assurer comme le lui avait appris sa grand-mère en humant le dos de ce Pangolin. L’odeur était bizarre, mélange subtile entre  celle de la terre collée au pied d’un champignon et une petite senteur acide et fétide, et pourtant  gage d’une fraicheur inégalée.

 Le petit fils était bien digne de son grand-père sauf que malheureusement, il n’y avait pas de sauce. Comment allait-il faire ? Il pouvait bien sur l’agrémenter de sauce soja, mais celle préparée par la famille YUANG était un véritable délice ; cela gâchait un peu son plaisir mais il ferait avec.

Sac plastique sous le bras avec son morceau de l’empereur, il se décidait à rentrer car la cuisson du Pangolin doit être très précise et ne souffrait d’aucune approximation. Préchauffage du four  15 min à  200°, pas une minute de plus, baisse du four à 180 ° et  5 min de cuisson sur le dos et 15 min de l’autre coté. Il connaissait la recette par cœur, léguée par sa grand-mère et qu’il s’évertuait à respecter scrupuleusement.

Il était déjà dans une sorte d’euphorie en salivant d’avance ce moment inoubliable qu’il attendait depuis un an , et il ne vit pas cet enfant courant vers lui, qui avec une telle arrogance le bouscula et le fit tomber par terre et ceci sans aucune excuse ; Ha ces gamins aucune politesse. Heureusement il n’avait pas lâché son sac et le Pangolin était sauf. Il leva la tête pour invectiver cet enfant et s’aperçut alors que c’était un nain qui disparut aussi rapidement qu’il l’avait bousculé.

Il râlait un peu mais après tout, tout allait bien et le Pangolin n’avait pas souffert.

 

En rentrant chez lui, il s’assura qu’il n’avait rien sur son corps, aucune trace de sa chute ni de douleur et il oublia vite l’incident pour se consacrer à la cuisson.

Délicatement il ouvrit le sac pour préparer  son mets d’aujourd’hui, et quelle ne fut pas sa surprise d’y trouver au  fond une fiole rempli de sauce, et il fut heureux de constater que le petit-fils YUANG avait certainement du le reconnaitre et sans que les autres acheteurs s’en aperçoivent lui avait donner cette sauce préparée avec délicatesse et manifestement réservée aux vrais connaisseurs. Il se dit que la prochaine fois qu’il irait au marché, dans un an,  il ne manquerait pas de le remercier.

Oubliée la sauce soja, il dégusterait ce dos avec la fameuse sauce YUANG.

Le four était en préchauffage et i phone à la main, il déclencha le chronomètre pour être bien sur de respecter à la lettre la recette de sa grand- mère.  Il savait que la sauce YUANG devait être mise immédiatement après la saisie du dos mais qu’elle devait être chaude. Cruel dilemme, car il avait l’habitude à cet instant de la préparation d’un repas de brancher sa radio et d’écouter les informations locales, mais aujourd’hui il s’en passerait ne pouvant sacrifier la sauce. Il faut vous dire que les prix des loyers étant exorbitants à Wuhan son petit studio ne comportait qu’une prise de courant réservé à la radio et au micro onde.

Il mit sa sauce à chauffer et n’entendit pas les autorités locales informant la population qu’un nain échappé d’un laboratoire avec un flacon de SRAS  était recherché dans toute la ville.

WUHAN Octobre 2019.

 

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commentaires

R
Au top :) merci pour cette page, au plaisir de vous voir sur mon blog de relaxation. https://relaxation-musique-antistress.over-blog.com/
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