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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 14:58

Paysan, quel joli mot, quelle jolie profession quand tu as 60 ans, une culture, un passé, une façon de vivre, un corps à corps avec la nature à qui tu demandes de te faire vivre toi et ta famille.

 

Paysan, quelle insulte quand tu as 11 ans, on te montre du doigt, car à travers l’histoire, qu’on t’apprends, tu découvres que tu es à la fois indispensable, mais la dernière roue de la charrette, qu’on te méprise ou qu’on admet ta présence pour expliquer ,  pour dire avec la bienséance existante qu’on a des amis paysans, comme l’on peut avoir des amis noirs ou arabes.

Paysan, c’est historiquement parlant, un pauvre, un paria, un individualiste, sans culture sans éducation, et on te fait l’honneur de t’inviter de temps en temps, parce que l’air du temps l’exige car toi qui fais  partie du monde progressiste, pour montrer ton ouverture d’esprit, tu dois composer avec ces gens là qui ne sont pas  de ton monde.

Je me souviens de  mon entrée en CP, sans expérience de la vie sociale, fils unique « protégé » ;

 Quel traumatisme pour moi de découvrir la vie en communauté dans un petit village ou déjà, mes yeux bridés, faisaient sensation avec une instit, et dieu sait si je l’aime encore , m’avait donné en pâture aux autres dans sa leçon sur les « Huns » en me montrant à toute la classe comme le parfait exemple d’un mongol, pour expliquer à mes camarades ce que pouvait être la représentation parfaite d’un individu venant de ces contrées et mongol en plus paysan d'origine.

J’étais fier à l’époque d’être le centre d’attention d’une classe, si je m’en souviens encore ce n’est pas par traumatisme, mais en remerciement d’avoir mis le doigt sur une particularité de mes yeux pour expliquer son cours, mais paysan, j'avoue que cela m'avait choqué.

 J’imagine ce que pourrait être aujourd’hui la même démarche de cette  institutrice qui serait montrée sur les réseaux sociaux comme une raciste exemplaire.

 

En 1969, je me souviens en 6 -ème lorsque tu écrivais la profession de tes parents, tu avais honte de marquer avec ton  stylo « exploitant agricole » car le racisme à l’époque n’était pas sur la couleur de peau, ni sur les origines, mais sur la profession, et un exploitant agricole n’était qu’un simple paysan. 

Confronté à la grande ville que pouvait être Grasse, pour un enfant de la campagne environnante, ou forcément tu noues les meilleures ou les plus mauvaises amitiés mais qui resteront toujours des amitiés jusqu' à ce jour.

Je me souviens de ces assurances à la con scolaires ou tes parents devaient souscrire et ou la pauvreté que tu ressentais se matérialisait par la souscription au minimum et dont tu avais honte en tant qu’enfant , car on ne t’avait jamais expliqué ni dans ta famille ni à l’école la différence entre les riches et les pauvres , et quand dans une classe de 25 ou 30 tu fais partie des 3 ou 4 qui souscrivent au minimum de l’ assurance scolaire, tu te sens exclu par rapport à la majorité des autres collégiens, et cela aussi à l époque faisait partie d’un certain racisme.

Cela s’ajoute à la honte légitime en ce temps la ou tu te déclares fils de paysan et que tu transformes cela  en fils d’exploitant agricole, cela sonne mieux certes mais tu es toujours montré du doigt.

L’avantage, c’est que tu découvres que comme toi il y a des pauvres, et ça te rapproche d’eux, et avec ceux la, l’amitié, la confrérie sans être expliquée, existe encore. Je ne donnerais pas de noms, mais ceux qui sont encore de ce monde se reconnaitront.

Donc fils de paysan honteux jusqu’ a un certain âge de ma vie, et aujourd’hui honteux de ne pas l’avoir assumé, car lorsque je vois mon père à l’aube de ces 90 ans, je suis fier de lui.

Quand je vois mon père, usé, courbé, fatigué d'avoir trop travaillé sur cette terre, avec ses deux cannes pour faire quelques pas, j’ai honte d’avoir eu honte.

J’ai honte de n’avoir pas compris à quel point je devais être fier de son travail, être fier de ce qu’il avait essayé de m’inculquer, fier d’essayer  de me faire comprendre que chaque fois qu’il souffre en faisant un pas, c’était pour ma mère et moi, et honteux de ne pas lui avoir dit assez souvent combien j’étais heureux avec le temps  de l’avoir eu comme papa, et à quel point je regrette de ne pas revenir en arrière pour lui expliquer combien je m’en veux d’avoir été si honteux d’être fils de paysan.

C’est un honneur pour moi aujourd’hui de le revendiquer.

 

OUI JE SUIS FILS D’UN PAYSAN ET C'EST UN HONNEUR.

 

Toute ressemblance avec des personnes existantes …etc…. ne serait pas du tout une coïncidence.

 

Daniel VIDAL

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